Filmographie par ordre chronologique

Cary Grant en 72 films. Beaucoup d’entre eux sont sortis en DVD ou en VHS à l’époque, en France ou dans d’autres pays. Certains films demeurent inédits sur le support DVD. Pour ma part, je les possède tous, fruit d’une quête assez longue mais passionnante.

  • This Is the Night (1932), 80mn, de Frank Tuttle, d’après la pièce Naughty Cinderella d’Avery Hopwood ;
  • Sinners in the Sun (1932), 70 mn d’Alexander Hall ;
  • Merrily We Go to Hell (1932), 88 mn, de Dorthy Arzner ;
  • The Devil and the Deep (1932), 70 mn, de Marion Gering;
  • Blonde Venus (1932), 85 mn, de Josef von Sternberg ;
  • Hot Saturday (1932), 70 mn, de William A. Seiter ;
  • Madame Butterfly (1932), 86mn, de Marion Gering ;
  • She Done Him Wrong (1933), 66 mn, de Lowell Sherman ;
  • Woman Accused (1933), 73 mn, de Paul Sloane ;
  • The Eagle and the Hawk (1933), 72 mn, de Stuart Walker ;
  • Gambling Ship (1933), 72 mn, de Louis Gasnier ;
  • I’m No Angel (1933), 87 mn, de Wesley Ruggles ;
  • Alice in Wonderland (1933), 90 mn, de Norman McLeod ;
  • Thirty-Day Princess (1934), 73 mn, de Marion Gering ;
  • Born to be Bad (1933), 61 mn, de Lowell Sherman ;
  • Kiss and Make Up (1933), 80 mn, de Harlan Thompson ;
  • Ladies Should Listen (1934), 62 mn, de Frank Tuttle ;
  • Enter Madame! (1935), 83 mn, d’Elliott Nugent ;
  • Wings in the Dark (1935), 75 mn, de James Flood ;
  • The Last Outpost (1935), 75 mn, de Charles Barton et Louis Gasnier ;
  • Sylvia Scarlett (1936), 94 mn, de George Cukor ;
  • Big Brown Eyes (1936), 76 mn, de Raoul Walsh ;
  • Suzy (1936), 95 mn, de George Fitzmaurice ;
  • The Amazing Quest of Ernest Bliss (1936), 70 mn, d’Alfred Zesleir ;
  • Wedding Present (1936), 81 mn, de Richard Wallace ;
  • When You’re in Love (1937), 110 mn, de Robert Riskin ;
  • Topper (1937), 98 mn, de Norman Z. McLeod ;
  • Toast of New York (1937), 109 mn, de Nathaniel Shilkret ;
  • The Awful Truth (1937), 89 mn, de Leo McCarey ;
  • Bringing Up Baby (1938), 102 mn, de Howard Hawks ;
  • Holiday (1938), 94 mn, de George Cukor ;
  • Gunga Din (1939), 117 mn, de George Stevens ;
  • Only Angels Have Wings (1939), 121 mn, de Howard Hawks ;
  • In Name Only (1939), 94 mn, de John Cromwell ;
  • His Girl Friday (1940), 92 mn, de Howard Hawks ;
  • My Favorite Wife (1940), 88 mn, de Garson Kanin ;
  • The Howards of Virginia (1940), 117 mn, de Frank Lloyd ;
  • The Philadelphia Story (1941), 112 mn, George Cukor ;
  • Penny Serenade (1941), 121 mn, de George Stevens ;
  • Suspicion (1941), 99 mn, d’Alfred Hitchcock ;
  • The Talk of the Town (1942), 118 mn, de George Stevens ;
  • Once Upon a Honeymoon (1942), 116 mn, de Leo McCarey ;
  • Mr. Lucky (1943), 100 mn, de H. C. Potter ;
  • Destination Tokyo (1944), 135 mn, de Delmar Daves ;
  • Once Upon a Time (1944), 89 mn, d’Alexander Hall ;
  • None but the Lonely Heart (1944), 113 mn, de Clifford Odets ;
  • Arsenic and Old Lace (1944), 118 mn, de Frank Capra ;
  • Night and Day (1946), 132 mn, de Michael Curtiz ;
  • Notorious (1946), 103 mn, d’Alfred Hitchcock ;
  • The Bachelor & the Bobby-Soxer (1947), 95 mn, d’Irving Reis ;
  • The Bishop’s Wife (1947), 105 mn, de Henry Koster ;
  • Mr. Blandings Builds His Dream House (1948), 94 mn, de H. C. Potter ;
  • Every Girl Should Be Married (1948), 84 mn, de Don Hartman ;
  • I Was a Male Warbride (1949), 105 mn, de Howard Hawks ;
  • Crisis (1950), 95 mn, de Richard Brooks ;
  • People Will Talk (1951), 109 mn, de Joseph L. Mankiewicz ;
  • Room For One More (1952), 97 mn, de Norman Taurog ;
  • Monkey Business (1952), 97 mn, de Howard Hawks ;
  • Dream Wife (1953), 98 mn, de Sidney Sheldon ;
  • To Catch a Thief (1955), 103 mn, d’Alfred Hitchcock ;
  • An Affair to Remember (1957), 114 mn, de Leo McCarey ;
  • The Pride and the Passion (1957), 130 mn, de Stanley Kramer ;
  • Kiss Them For Me (1957), 103 mn, de Stanley Donen ;
  • Indiscreet (1958), 100 mn, de Stanley Donen ;
  • Houseboat (1958), 112 mn, de Melville Shavelson ;
  • North by Northwest (1959), 136 mn, d’Alfred Hitchcock ;
  • Operation Petticoat (1959), 124 mn, de Blake Edwards ;
  • The Grass is Greener (1961), 104 mn, de Stanley Donen ;
  • That Touch of Mink (1962), 99 mn, de Delbert Mann ;
  • Charade (1963), 113 mn, de Stanley Donen ;
  • Father Goose (1964), 116 mn, de Ralph Nelson ;
  • Walk, Don’t Run (1966), 114 mn, de Charles Walters.


Filmographie


Excellente nouvelle ! Cinq des films plutôt difficiles à trouver de mon cher Cary Grant sont sortis dans ce coffret en novembre 2006.

Il s’agit des oeuvres suivantes, qui sont parmi les premiers films du beau brun à la fossette :

  • Thirty Day Princess (1934) : réalisé par Marion Gering, avec Sylvia Sidney.
  • Kiss & Make Up (1934) : un film de Harlan Thompson.

  • Big Brown Eyes (1936) : un film de Raoul Walsh, qui fera une longue carrière, comme chacun sait.

  • Wedding Present (1936) : réalisé par Richard Wallace, où il retrouve sa partenaire du film précédent, Joan Bennett…


J’aime Cary Grant parce qu’il ressemble trait pour trait à l’homme que j’aurais aimé être si la nature en avait décidé autrement. Cela peut sembler une déclaration étrange de la part d’une chipie comme moi, mais je le ressens ainsi. Cary Grant est l’un de mes amis imaginaires préféré. Non, il est le cœur de mon imaginaire, au centre de mon univers fictionnel. Son talent d’acteur était infini et il était né avec la classe, ce supplément d’âme qui ne s’achète pas ni ne s’apprend. A cet égard, Audrey Hepburn est son égal féminin. Je ne conçois pas de regarder un film de Cary Grant lorsque je suis débraillée. Je me tiens droite et j’endosse une longue robe noire de soirée. Sans oublier des talons démesurément hauts, afin d’être à sa hauteur…



DVD · Filmographie
Alice in Wonderland (1933)

Je vous offre quelques captures d’un film, qui fut longtemps assez difficile à trouver, mais qui vient de paraître en DVD zone 1 et zone 2.

Il s’agit d’un long métrage qui raconte l’histoire d’Alice et ce qu’elle vit de l’autre côté du miroir.
Cary Grant y joue le rôle de la simili-tortue (The Mock Turtle) ! Deux de mes intérêts se sont croisés dans la quête de ce film qui me faisait rêver : visionner tous les films de Cary Grant (il s’agit de l’un de ses premiers) et enrichir mon univers carrollien, en vue d’un essai sur le sujet !
Le film a été réalisé par Norman Z. McLeod, à qui l’on doit entre autres Monkey Business ou Horse Feathers (avec les Marx Brothers) et le scénario a été écrit par Mankiewicz !
Ida Lupino avait été pressentie pour le rôle d’Alice qui fut, cependant, attribué à Charlotte Henry (alors âgée de 20 ans) !
Les costumes ont été dessinés assez proches des dessins de Sir John Tenniel.







DVD · Filmographie
Penny Serenade (1941)

… le film commence avec l’image d’une femme qui écoute un disque, puis se souvient… D’autres disques lui rappellent les moments de son existence jusqu’à un jour trop triste.

Penny Serenade, La chanson du passé est un film de 1941, réalisé par George Stevens (avec qui Cary Grant tournera plusieurs fois). Un homme et une femme se rencontrent dans un magasin de disques ; ils se marient ; la femme perd son enfant non encore né ; ils en adoptent un, qui mourra lui aussi. Ils s’éloignent l’un de l’autre, ne pouvant surmonter à deux cette douleur. Mais… vous devinez qu’ils finiront in extremis par se retrouver, autour d’un autre orphelin en quête de parents, car, décidément, la vie n’est pas chienne jusqu’au bout. Du moins, dans la fiction, qui recouvre des trésors de consolations pour le genre humain.

Ma passion brutale pour Cary Grant n’est plus un secret. J’ai revu Penny Serenade. Par bribes. Ce n’est pas un très bon film, c’est certain (sûrement qu’il dépasse la dose non mortelle de guimauve et il est un tantinet invraisemblable), mais il y a quelques jolis instants, pris à la volée. Et même une scène qui est peut-être une des meilleures tournées par Cary Grant.

Être embrassée pour la première fois par Cary Grant doit être une expérience mémorable.

Un homme si grand et une femme si petite. Ils ont de l’allure, n’est-ce pas ? J’aime la manière dont il tient le carton de disques sous son bras. J’aime son allure dégingandée et malgré tout gracieuse. Il y a dans ce geste quelque chose qui m’émeut. Certes, je pleure souvent.


J’aime au-delà du dicible les délicates rides au coin des yeux de Cary. Ne me demandez pas ce qui me prend. J’ai toujours été amoureuse de lui. Avoir le coup de foudre pour un type mort lorsque j’avais douze ans n’est pas commun ! Cela ferait un bon livre. Peut-être.

Mon cher Cary, je vous aime.



Filmographie
Mister Lucky (1943)

Les rôles où Cary Grant joue le brigand, le filou, le personnage louche et la canaille, sont ma foi assez rares. Il est, par conséquent, toujours intéressant de savourer une de ces exceptions.

H.C. Potter a réalisé l’un des films les plus drôles de l’histoire du cinéma, un classique inoubliable, Hellzapoppin. Ce film-là n’est pas d’une égale réussite, loin s’en faut, mais comporte quelques belles scènes, drôles ou émouvantes, qui justifient à elles seules que l’on se souvienne de l’œuvre.

Je n’ai pu résister à encoder cet extrait pour mes aimables lecteurs, car Cary y… tricote, afin de persuader certaine jeune femme soupçonneuse de ses bonnes intentions, alors qu’il cherche à la flouer !

Il ne perd rien de sa superbe et de sa virilité gracieuse dans cet exercice pour le moins périlleux.

Et il semblerait que ce soit contagieux !

Le film est très déséquilibré : à ne pas choisir un registre, comique ou dramatique, on ne cesse de se tenir sur un pied, puis sur l’autre, puis on sombre dans une petite déception. Il faut remettre les choses dans leur contexte et Serge Bromberg le fait avec son talent et sa gourmandise coutumière dans le DVD des éditions Montparnasse. La guerre s’étale sur tout le terrain de l’industrie du film et beaucoup de productions sont censurées à l’époque ou bien encouragent une forme de propagande plus ou moins discrète. Cette toile de fond rend le propos délicat. L’une des images les plus effrayantes du film est peut-être celle-ci, qui ne cesse de poursuivre le héros :

mais Joe (Cary) n’a cure de l’Oncle Sam et se fera déserteur en endossant l’identité d’un mort, ancien taulard, mais réformé, et essaiera de piquer dans la caisse des bonnes œuvres pour les victimes de guerre. Rien de très moral, certes, mais on pourrait tout pardonner à un homme qui sait si bien truquer les pièces et piper les dés, car il ne triche pas lorsqu’il s’agit de sentiment. Et, quand bien même, ce serait sans compter l’amour inconditionnel d’une femme qui l’aimera tout autant brigand que gentilhomme, car bien sûr il ne cesse d’être beau joueur en toute circonstance. Et puis la guerre est une telle saloperie que tous les coups sont permis pour rester à l’écart et que l’on ne me parle pas d’héroïsme car cela n’existe pas… Tout est affaire de circonstances. Les héros sont des graciés du dilemme.
La morale sous-jacente du film est peut-être plus audacieuse qu’il n’y paraît : l’héroïne en oublie ses convictions par amour. A nous d’applaudir et de regretter, néanmoins, cette fin trop convenue bien qu’attendue.

Ce film prend place, dans la filmographie de Cary Grant, entre Once Upon a Honeymoon de Leo McCarey et Destination Tokyo de Delmar Daves. Cary Grant a récemment été fait citoyen américain ; « Cary Grant » est devenu son véritable nom, et il subira des reproches de ses anciens compatriotes britanniques de ne pas participer à leur combat. Un meilleur film est à venir : None but the Lonely Heart.

La femme de Cary Grant, à l’époque, Barbara Hutton, voulait obtenir le rôle féminin, puisque celui-ci reflétait d’une certaine manière son vécu. Elle offrit même à la R.K.O. de travailler gratuitement. Mais Cary Grant l’apprit, refusa cette idée et s’arrangea pour qu’elle n’obtînt pas le rôle, qui fut attribué à la sensible Laraine Day. Précisons que les relations entre les époux n’étaient pas de celles dont on peut rêver et que l’éphémère Madame Grant me semble avoir été on ne peut plus opportuniste.

Le scénario fut écrit par un débutant, Milton Holmes, et s’inspire d’une histoire véritable, qui connut une fin plus tragique, car la vie n’est pas une danseuse des sept voiles à qui l’on peut promettre la lune à crédit.



DVD · Filmographie
None But the Lonely Heart (1944)



Ce film de Clifford Odets est un des plus beaux films de Cary Grant, parce qu’il y donne, comme dans Soupçons d’Hitchcock, une autre dimension de son jeu d’acteur. Cary Grant excelle dans la comédie mais, contrairement à un James Stewart par exemple, il est capable d’interpréter avec force conviction des personnages ambigus, noirs, ou désespérés.
Ici, il incarne un homme qui aspire à devenir meilleur, mais qui n’en a pas la force morale, figé dans une inertie de l’âme et du coeur, prêt à la chute dans le crime, mais qui connaîtra une forme de rédemption, lorsque sa mère tombera gravement malade.
Cary Grant fut nommé pour l’Oscar, mais il ne l’obtint pas – à tort !



DVD · Filmographie
People will talk / On murmure dans la ville (1951)

[Excellent second rôle que celui porté à l'écran par Finlay Currie]

[Ce rire-là, capturé dans son expression la plus euphorique, me porte au plus près de Dieu, en qui pourtant je ne crois guère. Le rire et la joie sont ce qui nous rapproche le plus d'un état de communion avec le monde.]

Doctor Noah Praetorius aka Cary Grant :

I consider faith properly injected into a patient as effective in maintaining
life as adrenaline, and a belief in miracles has been the difference between
living and dying as often as any surgeon’s scalpel.

Je crois que la confiance injectée dans un patient, comme il convient, est aussi efficace à le maintenir en vie que l’adrénaline. La croyance aux miracles fait aussi souvent que le scalpel du médecin la différence entre la vie et la mort.

Joseph Leo Mankiewicz est un de mes cinéastes préférés. Il est l’un des dix réalisateurs de mon panthéon personnel.

J’ai fait souvent état de cette admiration, ici même et ailleurs. Il a le don de pouvoir officier dans des genres très différents sans se perdre ou tordre son style (que ce soit dans le conte romantique à mi-chemin du rêve et de la réalité, qui ouvre une aube où se dessine la délicieuse Mrs Muir, dont serait tombée fou amoureux Barrie, la comédie de moeurs, Letter to three wives, la tentation du gothique, Dragonwyck, la fresque gigantesque, Cléopâtre, la chronique familiale, The late George Apley, le film policier, Somewhere in the night, le film d’espionnage, Five fingers, ou encore l’analyse psychiatrique, Suddenly last summer…).
A chaque fois, il donne le ton avec une imperturbable classe, une pureté d’âme qui lui permet de parler des sentiments humains les plus ténus sans jamais les briser entre les mâchoires d’un scénario imparfait ou les mouvements brutaux d’une caméra inquisitrice. Même lorsque la caméra est au plus près des acteurs, lorsqu’elle se fait regard appuyé sur le visage, elle ne les brutalise jamais, évitant d’être avide d’une l’émotion qui ne paraît jamais provoquée mais s’épanouir naturellement dans les expressions et les gestes.

Distance et présence au cœur de l’intimité des êtres sont les deux soucis primordiaux du cinéaste. Ce recul salvateur s’exerce souvent par l’humour, parfois assez mordant mais jamais cruel, mais aussi et surtout par une économie de paroles et d’effets. Il invite le spectateur autour du foyer intime des personnages, à nous frotter à leur lumière, à les coudoyer, à les comprendre intensément. Pour cela, il glisse quelques points de suspension au moment opportun. Nous participons au déroulement de l’histoire sans en être pleinement conscients sur l’instant. L’émotion ultérieure reviendra hanter le souvenir de la projection.

Il est des cinéastes curieusement absents de leur création. Tel n’est pas le cas des films de Mankiewicz, qui parlent de lui, d’une voix de basse. Il est pleinement audible, séparés que nous sommes de lui par des décennies. Prodige.

L’élégance du cœur et de l’esprit des plus grands, à savoir l’intelligence alliée à la modestie, confère à son œuvre une chaleur commune à tous ses films.
Le cadre de ce film-ci est la jalousie d’un homme médiocre et la force de ce monstre aveugle que l’on appelle la rumeur, qui sera à peine évoquée. C’est aussi le portrait modeste et authentique d’une simple histoire d’amour qui tient sa place dans cet encadrement dramatique.
Ce film-ci est un de ceux que, dans sa filmographie, je prise le plus fort et pas seulement parce que Cary Grant y est plus que jamais l’homme parfait, c’est-à-dire celui de la situation. A l’instar des films de Capra, il y a dans ce film une générosité proprement dickensienne. Il faut distinguer ce trait sensible des vulgaires bons sentiments. Quelle différence entre l’indigeste compassion mielleuse et la bonté d’âme ? me sommerez-vous de répondre.
Avant de m’incliner devant votre légitime curiosité, j’aimerais extraire de ce film une scène, qui sanctifie à la fois l’immense talent de l’acteur Cary Grant et qui exprime l’intelligence du film
mentionné. Je crois qu’elle me permettra, in fine, de répondre un peu à cette interrogation.

Cary Grant interprète le rôle d’un docteur, comme il n’en existe plus guère, bien que j’aie la chance d’en connaître intimement un tout aussi merveilleux… Il officie dans une clinique qu’il a créée et donne des cours à la faculté. Il est jalousé par un ignoble personnage, tout droit sorti d’un roman de Dickens, plus filandreux que Uriah Heep* et à peine plus grand, du moins à l’échelle de l’âme, que Quilp. C’est ainsi que l’ami de Cary Grant, le condamné à mort et miraculé, qui l’accompagne dans son existence, tient ce discours, fort réjouissant pour le spectateur, à la petite vermine qui a tenté de faire basculer, à force de calomnies, le destin du noble docteur :

Professor Elwell, you’re a little man. It’s not that you’re short. You’re…little, in the mind and in the heart. Tonight, you tried to make a man little whose boots you couldn’t touch if you stood on tiptoe on top of the highest mountain in the world. And as it turned out…you’re even littler than you were before.

Professeur Elwell, vous êtes un petit homme. Je ne parle pas de votre taille. Vous êtes petit, dans votre esprit et dans votre coeur. Ce soir, vous avez essayé de rapetisser un homme. Vous ne pourriez vous hisser à la hauteur de ses chevilles, même si vous vous teniez sur la pointe des pieds au sommet de la plus haute montagne en ce monde. Et la conséquence de tout cela, c’est que vous êtes maintenant plus petit que vous ne l’avez jamais été de votre vie…

La médiocrité morale fait souvent état d’une médiocrité intellectuelle. Le personnage incarné par Cary Grant ne sombre pas dans l’autre piège, celui de la grandeur d’âme à tout prix – partant, la fausseté.
Une de ses patientes apprend de lui qu’elle est enceinte. Or, elle n’est pas mariée et refuse d’imposer à un père qu’elle adore la charge d’un enfant. Ils sont dépendants, l’un et l’autre, de son frère, un rustre fermier. L’avortement est même évoqué en filigrane lorsqu’elle dit au docteur qu’elle ne peut acheter sa tranquillité d’âme au prix de la sienne. Elle tente donc de se suicider. Le docteur la sauve et se félicite que peu de gens aient une réelle connaissance de l’anatomie ; en effet, elle s’est un peu trompé en visant le coeur avec son pistolet… Afin de la préserver de l’idée d’une récidive et de gagner du temps, il lui fait croire qu’il s’est trompé et qu’elle n’est pas enceinte. Mais il va tomber amoureux d’elle et l’épouser. Lorsqu’il lui avouera qu’elle est enceinte, mais pas de ses oeuvres, elle aura un mouvement de détresse, pensant qu’il ne l’a épousée que par charité. Or, tel n’est pas le cas. L’amour vaut mieux que la moralité. Cette dernière n’est utile que parce que nous manquons souvent d’aimer. Mais la moralité n’est réelle qu’irriguée par l’amour véritable. Les casuistes et religieux de tout poil l’oublient souvent.

Ici, Cary Grant expose devant ses élèves la différence entre un cadavre et le corps défunt d’un être humain, une très belle femme en l’occurrence. Il n’y a cependant aucun débordement lymphatique. Le pathos gluant de larmes est loin. La précaution avec laquelle Cary regarde ce corps inanimé, la douceur de son intervention, la douleur imperceptible de ce regard, disent le caractère de l’homme. [L'encodage de ma vidéo a connu un problème, car une scène est coupée, celle où Cary Grant enlève très lentement la serviette qui entoure les cheveux du cadavre ; ironie des choses, puisque ce sont les secondes que j'estime le plus !] Ce qu’il faut retenir de ceci est l’impartialité avec laquelle il considère le corps inanimé, sa capacité à le détacher de ce qu’il représentait vivant. On pourrait considérer cette saine réflexion comme une métaphore du travail de création cinématographique ou, plus largement, romanesque. Selon moi, il expose la conception cinématographique du réalisateur. Il me faut emprunter un travers pour m’expliquer. Pardonnez-moi.

L’autobiographie, à moins d’être le fruit d’une expérience de désensibilation au Moi et d’être abordée par quelqu’un de particulièrement talentueux, recèle bien des périls. La seule voie pour se frayer un chemin vers l’authenticité est celle que j’appelle « voie du classique », qui nous incline vers l’universel, par-delà la singularité du propos.
La chair est singulière, c’est sa nature, elle ne peut être autrement. La peau ne se prête pas. Le squelette ou la charpente supporteront d’autant mieux la chair du roman ou du film qu’ils seront solidifiés par une assise plus large et plus profonde que celle qui s’ancre dans le dérisoire Moi.

Le bon sentiment (on pourrait dire de même du mauvais sentiment brandi par le souci de provocation, par l’outrance) est niais (fermé sur soi) s’il n’emprunte pas son essence à ce qui l’inclut tout en le dépassant : la charité, le sens moral de l’homme.
Notre sens moral mais non pas en tant qu’homme singulier, partie lambda de l’humanité, mais en tant que représentant anonyme de l’Humanité.
Lorsque Kant, par exemple, parle de la loi morale, lorsqu’il va défendre un non-droit de mentir jusqu’à ses conséquences les plus insoutenables contre Benjamin Constant, il ne parle jamais de vous ou de moi comme exemplaires uniques d’êtres humains. Il ne fait que s’adresser à ce qui, en nous tous, nous confère une appartenance métaphysique au genre humain et nous permet d’être moraux.

Eh bien la bonté de Mankiewicz, de Capra ou de Dickens est de cet ordre-là ! Elle oppose au pathétique opportuniste d’une oeuvre médiocre, aux mécanismes éprouvés du tire-larmes, un appel à la moralité. Il s’agit de rechercher la gratuité d’une émotion qui ne cajole pas simplement notre immédiateté sensible, mais qui exhorte notre nature supérieure d’être moral. La différence tranchée entre les deux est difficile à établir ici, car elle est du domaine de la philosophie et non pas celui d’une chronique légère. Pourtant, instinctivement, nous savons reconnaître ce qui nous incite à soulever l’état d’âme passager qui nous recouvre, devant une scène éminemment pathétique, et nous convie à un envol en direction d’un sentiment plus vaste et plus profond. C’est la différence, à mes yeux, entre le pathétique et le tristement pitoyable.



* Est-il réellement possible qu’Andersen eût été le modèle de Dickens pour créer ce répugnant personnage ?



DVD · Filmographie
Charade (1963)

DVD américain

[Ce DVD-ci est celui qui est de meilleure qualité.]

Une des scènes les plus drôles du cinéma.
Admirez l’élégance et le sens de l’humour de Cary Grant.

Bande-annonce de l’édition DVD Criterion.



DVD · Filmographie
Cary and Audrey

Charade, le film de Stanley Donen réunit, pour la première et dernière fois (hélas !), Cary Grant et la gracile Audrey Hepburn.
Dans cette scène, elle désigne sa fossette, en lui expliquant qu’elle s’est toujours demandé comment les hommes faisaient pour se raser à cet endroit.
La fossette de Cary Grant est la huitième merveille du monde. Je crois que je suis tombée sous le charme de Cary Grant, avant même de connaître son génie d’acteur, à cause de cette particularité physique, qui m’a toujours grandement troublée.
Je trouve qu’Audrey et Cary vont diablement bien ensemble!
Cary voulait qu’elle soit à nouveau sa partenaire dans Father Goose (Grand méchant loup appelle) de Ralph Nelson. Mais elle n’était pas disponible. Elle avait accepté de jouer le rôle d’Eliza Doolite dans My fair lady. Et le plus ironique est que Cukor avait proposé à Cary Grant le rôle du Professeur Henry Higgins dans ce même film et qu’il n’a pu accepter, étant déjà engagé pour Father Goose. Dommage. Deux fois dommage.
Ce fut Leslie Caron qui obtint le rôle, aux côtés de Cary Grant. Il y a d’ailleurs une certaine ressemblance entre ces deux femmes, gracieuses comme des papillons.



Filmographie

Cary Grant, le charme d'un parfait gentleman...